Littoral85.com est un site engagé pour la protection des oiseaux en Vendée et sur tout le littoral. Albums photos, description des oiseaux marins, les problèmes écologiques et le littoral vendéen

 

 
   La pollution du littoral  

Des échouages quotidiens

 

L'effet du pétrole sur
les oiseaux marins

 

Naufrage de l'ERIKA

 

Naufrage du PRESTIGE

 

 

ÉRIKA : 12 décembre 1999

Témoignage de la catastrophe vécue au jour le jour sur une plage vendéenne.

 

Le monument de la Gachère à Brétignolles-sur-Mer
Une mer énorme !
Ce matin-là, la mer est trop agitée pour pêcher en surf casting, c’est rare de voir des rouleaux dépassant 4 mètres, ça ne donne pas envie d’être en mer. Le lendemain, sur La chaîne météo, une information furtive : « le pétrolier ERIKA est en détresse au large de Belle-Île ». Puis c’est le doute, l’attente, la vie est rythmée par les simulations de dérive du pétrole par Météo France mais tout va bien, le pétrole ne prend pas la direction de la Vendée. Pourtant, parmi les Goélands, certains ont le ventre souillé, ce sont les premiers indices d’une pollution imminente...

 

Jeune pingouin torda
La première victime...
Le 25 décembre au matin, je prends la direction de la plage des Granges à Olonne sur mer. Dans la voiture, sur Europe1 : « les premières criques bretonnes sont touchées », les habitants témoignent en pleurs, ça fait froid dans le dos. Cette nuit c’était la fameuse tempête, des débris sur la plage, un petit corps d’oiseau encore rigide se trouve sur cette plage, oiseau que j’ai du mal à identifier. Passionné d’ornithologie, je ne connais pas encore bien ces oiseaux marins qui ne s’approchent que très rarement des côtes. D’après mes livres, cela serait un jeune pingouin torda. A première vue son corps ne semble pas tâché par le pétrole, juste une petite tâche près de la bouche, j’en déduis que c’était du liquide intestinal, déduction qui s’avérera fausse par la suite.

28 décembre, les premiers oiseaux vivants arrivent, tout le monde a le sentiment que la catastrophe est proche, le pire est à venir...

 

Du pétrole à perte de vue sur la plage des Dunes à Brétignolles-sur-Mer
Le pétrole est là !
Le 31 décembre au matin, il fait nuit et je me dirige vers la plage pour récupérer les oiseaux. Là, je vois un pêcheur qui semble déboussolé, il éclaire partout autour de lui pour essayer de trouver un coin de plage sur lequel se poser, pas moyen de s’installer. Ça sent le pétrole, le soleil se lève et je commence à deviner des ondulations dans les plaques de mazout, c’est effrayant de s’apercevoir que ce sont des cadavres englués à perte de vue. Je fais alors la connaissance de Yann, une personne sensibilisée à la protection des oiseaux. Il semble aussi déboussolé que moi. Désarmés face à la situation, nous pensons qu’il serait intéressant de compter les oiseaux par espèces. Nous les enlevons du pétrole pour les mettre en haut de plage, cela fait des paquets d’une vingtaine d’oiseaux tous les 100 mètres. On se rend alors compte de l’ampleur du désastre sur ces espèces quand nous effectuons les comptages sur les 3 Kilomètres de la plage des dunes n°2 à Brétignolles-sur-Mer.
Ce jour là, pendant les comptages, un guillemot vivant est sorti de l’eau et est venu s’échouer sur une plaque de mazout, bilan de cette triste journée : 468 oiseaux morts, 1 oiseau vivant. Ce soir, j’ai pas vraiment envie de faire la fête, le réveillon de l’an 2000 se fera sans moi !

 

5 mois après...
Fin mai, les derniers oiseaux touchés continuent de s’échouer. En tout, près de 700 volatiles se sont échoués sur cette plage. Mes oiseaux sont pris en charge au centre de transit des Sables d’Olonne où ils sont nourris avant d’être transférés à la Rochelle ou à l’école vétérinaire de Nantes.

Des "paquets" d'oiseaux morts à cause du pétrole   Guillemot mazouté arrivé en assez bon état sur la plage

 

Entre Talmont et Saint Gilles Croix de Vie (50Km), les chiffres sont lourds, on recense 7353 oiseaux échoués dont 1068 vivants.

Statistiques ERIKA

En ce qui concerne l’impact réel sur les populations d’oiseaux, il est très difficile à chiffrer car les zones d’hivernage sont mal connues et les chiffres sont contradictoires.

Sur le terrain, j’ai eu l’occasion de discuter avec des ornithologues chevronnés. Pour eux, il ne restait plus aucun oiseau marin vivant dans le Golfe de Gascogne après cette catastrophe qui marquait par conséquent l’extinction du pingouin breton, bilan on ne peut plus pessimiste. Au vu des dénombrements de différents guides sur les oiseaux hivernants en France, on peut comprendre le pessimisme ambiant quand on estime que la population de guillemots hivernants au large des côtes françaises est de 1000 à 10 000 individus, estimation qui parait à posteriori très en dessous de la réalité quand on sait que ce sont peut-être 200 000 guillemots qui ont péris à cause de l’ERIKA. Une phrase prononcée par Didier Desmots, responsable de l'ADEV (Association pour la Défense de l’Environnement Vendéen) résume bien les difficultés d’estimations : « Si on m’avait dit avant le 12 décembre qu’il y avait 5000 guillemots au large des Sables d’Olonne, je ne l’aurais pas cru. » Cette catastrophe a donc permis de se rendre compte du nombre énorme d’oiseaux hivernant au large des côtes françaises.

Été 2000, les pingouins bretons sont retournés sur leur rocher des Sept-Îles pour se reproduire (ils ont dû passer l’hiver au large de l’Espagne ou du Portugal), note d’optimisme après la période la plus triste qu’aient connu les oiseaux marins.

Alex
(janvier 2001)

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